LES DESERTS MEDICAUX RURAUX

Publié le 10 septembre 2026

LES DESERTS MEDICAUX RURAUX

L’accès aux soins est un droit fondamental et un élément essentiel de l’égalité entre les citoyens. Pourtant, de nombreuses zones rurales connaissent aujourd’hui un manque important de médecins et de professionnels de santé. Ces territoires, appelés « DÉSERTS MÉDICAUX RURAUX », rendent l’accès aux soins de plus en plus difficile pour leurs habitants.

Les « DÉSERTS MÉDICAUX RURAUX » désignent des zones où l’accès aux soins devient difficile faute de médecins généralistes, spécialistes ou autres professionnels de santé en nombre suffisant.

Le problème de ces déserts médicaux en milieu rural rejoint celui du devenir de la ruralité qui souffre non seulement du manque de médecins mais aussi d’un sentiment d’abandon ; la création d’un ministère de la ruralité montre qu’au-delà d’un sentiment il s’agit d’une réalité préoccupante dont les pouvoirs publics ont pris conscience.

Le constat est d’autant plus facile à faire à partir de notre propre département des Vosges. Il suffit de se promener dans les Vosges au-delà des chefs-lieux (et encore !) pour constater l’abandon de nombre de bâtiments, la disparition des commerces : boulangerie, charcuterie, pharmacie, service bancaire élémentaire comme les distributeurs de billets sans compter les pompes à essence qui n’existent plus que dans les supermarchés.

Le dépeuplement d’un département comme les Vosges avec la fuite de sa jeunesse est une des traductions du problème que rencontre la vie en milieu rural. La création des maisons services est une des réponses apportées au sentiment d’abandon que ressentent les populations en milieu rural. La concentration des terres agricoles nécessaire pour assurer un équilibre économique à l’exploitant met en évidence l’abandon de nombre de corps de ferme.

Concernant le manque de médecins en milieu rural, ce constat rejoint en pire ce que nous constatons dans la majeure partie de la France. Les territoires métropolitains ou proches de la mer voire de la montagne échappant en partie à la pénurie médicale.

Les principales causes des déserts médicaux en milieu rural sont les suivantes :

  • Vieillissement des médecins : ces derniers ont été formés dans les années 1970-1990 et partent aujourd’hui à la retraite. Dans certaines zones rurales, ils ne trouvent pas de remplaçants.

En 1972, 8.588 étudiants admis en 2ème année, 4.000 en 1990 ! D’où la difficulté à remplacer les papy-boomers.

  • Manque d’installation de nouveaux médecins : les jeunes médecins préfèrent souvent exercer dans les villes, où les conditions de travail et de vie sont jugées plus attractives.

De plus, il n’y a pas d’emploi pour le conjoint qui a, en général, fait aussi des études supérieures (pas ou très peu d’ingénieur voire d’emploi cadre à la campagne).

  • Charge de travail importante : en zone rurale, les médecins ont une patientèle nombreuse, des journées longues et assurent davantage de gardes. Les nouveaux médecins ruraux s’adaptent en refusant tant les nouveaux patients en refusant également les horaires interminables.
  • Féminisation du corps médical : 60% des étudiants admis en deuxième année sont des femmes et cela va de pair avec une réduction des heures travaillées (pour des motifs familiaux tout à fait légitimes).
  • Isolement professionnel : certains médecins travaillent seuls, avec peu de collègues pour échanger ou se faire remplacer. Isolement tout relatif puisque les médecins ruraux savent travailler avec les professionnels locaux depuis toujours comme les infirmières, les kinésithérapeutes, les pharmaciens, etc…
  • Faible attractivité des territoires ruraux : certaines communes offrent moins de services (transports, écoles, commerces, loisirs), ce qui peut décourager les installations des jeunes et leur famille.
  • Répartition inégale des professionnels de santé : le nombre total de médecins ne suffit pas à garantir une présence équilibrée sur l’ensemble du territoire.

L’ensemble du territoire – villes et campagnes – est touché puisque pourvu seulement à hauteur de 87 % sachant que la majorité de la population vit en ville. Il paraît logique que les citadins soient les premiers servis par les nouvelles installations et ce d’autant plus que les jeunes médecins s’installent prioritairement près de leur faculté d’origine, en pays connu.

  • Évolution des attentes des jeunes médecins : beaucoup recherchent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, avec un exercice en groupe et des horaires plus compatibles avec cette organisation.
    Selon une étude du Conseil national de l’Ordre des médecins, 21 % des nouveaux médecins inscrits déclarent souhaiter exercer en libéral au sein d’une maison de santé pluriprofessionnelle. C’est presque autant que ceux qui envisagent un exercice libéral en groupe classique (24 %), alors que seulement 3 % souhaitent exercer seuls.
  • Augmentation des besoins de santé : le vieillissement de la population et la hausse des maladies chroniques augmentent la demande de soins, notamment en milieu rural.

Et surtout l’évolution de la médecine avec une hyper spécialisation : par exemple un orthopédiste généraliste n’existe plus. Il y a un spécialiste de l’épaule, un autre du coude, un autre de la main, de la hanche, du genou, du pied. Cela est vrai aussi pour de nombreuses spécialités comme en cardiologie, en endocrinologie et radiologie, etc…

  • La rémunération: cette dernière est générale et d’autant plus en milieu rural au-delà de la dégradation du statut social. Quelques chiffres évocateurs :
    • Consultation à 30 € en France contre 65 à 75 au Luxembourg, 40 à 70 en Allemagne, 90 à 160 en Suisse, 60 à 120 en Italie et enfin 120 à 300 aux USA.
    • La France a le revenu annuel moyen par médecin le plus faible de l’OCDE avec un revenu moyen de 110 à 160 k€ contre 220 à 300 K€ en Allemagne, 170 à 240 K€ en Belgique et enfin 250 à 350 K€ en Suisse.

En comparant le nombre d’années d’étude post bac :

  • Pharmacien titulaire : Bac +6                            =        100 à 250 k€
  • Notaire associé : Bac +7 à 8                               =        200 à plus de 500 k€
  • Ingénieur d’industrie : Bac +5                           =          70 à 150k€
  • Avocat d’affaires associé : Bac +7 à 8               =        250 k€ à plus d’1 Million annuel
  • Directeur financier grand groupe : Bac +5     =        150 à plus de 400 k€

En résumé, les déserts médicaux ruraux sont dus à la combinaison d’un nombre insuffisant de médecins dans certaines zones, des départs à la retraite, d’une répartition inégale des professionnels et d’une attractivité moindre des territoires ruraux.

La première cause des déserts médicaux ruraux voire urbains provient de l’institution du Numéris Clausus crée en juin 1971 pour éviter une surpopulation médicale, et l’envol des dépenses de santé ! Il a été fortement réduit dans les années 1980-1990, ce qui a contribué au manque de médecins observé aujourd’hui, notamment dans les zones rurales.

Sachant que la médecine générale constituait alors le mode d’exercice majoritaire : 55 à 60 % contre 40 à 45 % pour les spécialistes ; aujourd’hui le rapport s’est inversé avec 42 % pour les généralistes et 58 % pour les spécialistes.

Néanmoins, il faut préciser que le taux de médecins généralistes pour 1.000 habitants varie beaucoup en Europe et avec un taux de 0,96 pour mille habitants nous sommes dans la moyenne Européenne ou il existe d’importants écarts : de 0,31 en Pologne à 2,86 au Portugal.

Le numérus clausus a été supprimé en 2020 et remplacé par un système où les universités fixent leurs capacités d’accueil (appelé numérus apertus, lui-même en évolution depuis 2025) avec avis de l’ARS et du ministère.

Depuis, le nombre d’étudiants admis en médecine a largement progressé puisque nous sommes passés d’environ 4.000 étudiants admis en deuxième année de médecine en 1990 à 12.000 en 2025 avec un objectif de 17.000 places en 2027 sous réserve des capacités de formation des facultés de médecine. Parallèlement la population Française a augmenté et vieilli passant de 58 millions d’habitants en 1990 à 69 millions en 2026.

La seconde cause pour ne pas dire ce retard est la conséquence de l’allongement de la durée des études puisque pour devenir médecin généraliste en France, il faut compter (9 à 10 ans d’études).

  • 3 ans de premier cycle (PASS ou L.AS puis poursuite des études).
  • 3 ans de deuxième cycle (externat).
  • 3 ans d’internat en médecine générale.
  • + 1 an de Docteur junior

À l’issue de ces études et après la soutenance de la thèse, le médecin obtient son diplôme et peut s’installer en cabinet ou exercer dans une structure de santé.

Il n’existe pas de statistique officielle unique sur les seuls « médecins de campagne » en France, car la DREES – Direction de la Recherche, des Études et l’évaluation des Statistiques, distingue surtout les médecins généralistes, les libéraux et les zones rurales sous-dotées.

Nous pouvons toutefois reconstituer des ordres de grandeur à partir des données de démographie médicale.

Année – Situation estimée

En 1980 – Environ 90 000 à 100 000 médecins généralistes en activité, avec une forte présence en milieu rural. La densité médicale nationale était proche du niveau projeté pour 2025.

En 2000 – Environ 105 000 à 110 000 généralistes. C’est la période du pic historique avant les effets du numerus clausus et les départs à la retraite massifs.

En 2025 – La DREES recense environ 100 000 médecins généralistes en activité en France (tous modes d’exercice confondus).

Pour 2030 – Les projections de la DREES indiquent un retour progressif à la hausse des effectifs médicaux, avec un niveau global de médecins retrouvant approximativement celui du maximum historique des années 2000.

Quelques points importants :

  • Le nombre total de médecins n’est pas égal au nombre de « médecins de campagne ».
  • La part des généralistes exerçant en rural diminue depuis les années 1990.
  • Même si le nombre total de médecins remonte en 2025–2030, les déserts médicaux ruraux restent un problème majeur à cause de la répartition territoriale.

LES SOLUTIONS TENTÉES EN FRANCE

L’État et les collectivités essaient plusieurs approches pour répondre à cette difficulté sachant que le problème ne concerne pas uniquement les campagnes isolées. On trouve aussi des déserts médicaux dans certaines périphéries urbaines et villes moyennes.

1 – Incitations financières pour encourager les médecins à s’installer en zone rurale (aides à l’installation, exonérations fiscales). Elles ont eu peu d’effets puisque la Cour des Comptes propose la suppression de la plupart d’entre elles. Elles ont incité au débauchage des médecins du voisin.

2 – Développement des maisons de santé pluriprofessionnelles, où plusieurs professionnels travaillent ensemble. Pas ensemble, cela dépend de l’entente, mais sur un même lieu. C’est sûrement utile mais nombreuses sont vides ou ferment en raison des coûts ou de manque de médecins.

3 – Déploiement de la télémédecine pour permettre certaines consultations à distance mais qui ne peut pas tout résoudre sans oublier la réticence des patients surtout en zone rurale.

4 – Renforcement des stages en milieu rural pendant les études de médecine afin de faire découvrir ces territoires aux futurs médecins, sauf que l’examen est national. Un réunionnais en stage au fin fond du châtillonnais a peu de volonté à y resté.

5 – Amélioration des conditions de travail (partage des gardes, secrétariat, travail en équipe) et surtout diminution de la pression administrative et des coûts de fonctionnement d’un cabinet ou d’une structure de groupe.

6 – Développement des compétences d’autres professionnels de santé (infirmiers en pratique avancée, pharmaciens, sage-femmes) pour prendre en charge certains actes tout en faisant attention à la formation et responsabilité et au risque de médecine aux pieds nus.

7 – Mesures de régulation de l’installation, proposées dans certains débats, afin de mieux répartir les médecins sur le territoire. Cette solution touche à la fin de la médecine libérale

Cela découle d’un choix de société puisque pour certains la formation des médecins coûte cher et il leur paraît logique qu’il y ait un retour. Sauf que les études ont démontré que le travail des étudiants à l’hôpital remboursait l’investissement et au-delà.

LES MEDECINS DIPLOMES A L’ETRANGER et EXERCANT en FRANCE.

  • En 2010, les médecins de nationalité étrangère représentaient une part croissante des nouvelles inscriptions à l’Ordre, principalement originaires d’Europe de l’Est et du Maghreb.
  • Les études actuelles ne prennent pas en compte le pays d’origine de tel ou tel médecin mais le critère de médecins diplômés à l’étranger donc y compris des français ayant obtenus leur diplômes à l’étranger.
  • L’Atlas de la démographie médicale en France sur le site du Conseil de l’Ordre des Médecins confirme, qu’au 1er Janvier 2026, 34 950 médecins en activité ont obtenu leur diplôme à l’étranger, soit une variation de +127,7% depuis 2010 où le nombre de ces médecins en activité à diplômes étrangers s’élevait à 15 349.
  • Les médecins à diplômes étrangers occupent donc une place de plus en plus importante au fil du temps. En effet, alors qu’en 2010 les médecins à diplômes étrangers comptaient pour 7,1% des médecins en activité, ils représentent désormais 14,2% en 2026 contre 11 % en 2025…Certains sont installés en ville moyenne voire dans une grande ville et fausse quelque peu le pourcentage des médecins installés en ruralité.

Cela met en exergue l’incurie des pouvoirs politiques successifs ayant barré la route de la médecine à certains étudiants français, dont certains étaient probablement très motivés, pour in fine leur préférer des médecins étrangers parlant parfois mal la langue et dont l’équivalence de diplôme reste à prouver…

CONCLUSION

Les DÉSERTS MÉDICAUX RURAUX constituent un véritable défi pour l’égalité d’accès aux soins

La volonté est forte, le défi est autre puisqu’il faut :

  • garantir un accès équitable à la santé pour tous demeure un objectif essentiel.
  • Reconnaître une spécificité de l’exercice en milieu rural est peut-être la meilleure solution sans négliger le travail du conjoint qui a généralement fait des études supérieures. Peut-il ou peut-elle trouver ce genre d’emploi en milieu rural…véritable enjeu.
  • Accepter que le métier de médecin généraliste rural pourrait disparaître, grignoté par l’augmentation des compétences des auxiliaires médicaux et de la part croissante de l’IA.

Par contre, comme nous avons ouvert les vannes de la formation de médecins, ces derniers seront en surnombre dans quelques années lorsqu’ils sortiront des facultés.

Certains d’entre eux seront peut-être intéressés ou contraints à l’aventure rurale. Néanmoins, l’exercice de la médecine en milieu rural nécessite au-delà des connaissances indispensables à tout médecin, empathie et humanisme compte tenu de la proximité avec les patients.

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