LE DIVISEUR
Publié le 3 mai 2026
En grec « diviseur » se dit « diabolos ». D’où dérive, comme beaucoup le savent, le mot « diable ». Le diable désunit donc, divise, trompe et calomnie. Pour de nombreuses cultures sur la terre il incarne depuis toujours l’esprit du Mal, personnifié ou pas.
Le diable, bien ancré, dans les mythes, les religions, les contes classiques et les contes modernes, en forme de jeux électroniques, a pénétré récemment un nouveau domaine. C’est celui du débat politique français, et cela via les expressions de la « diabolisation » et de la « dédiabolisation ».
« Diaboliser » quelqu’un, veut dire, considérer celui-ci comme un « diable », et « dé-diaboliser » désigne le processus via lequel on enlève l’étiquette de « diable » à quelqu’un.
Ne nous attardons pas trop ici ni sur le fait que l’entrée du « diable », comme mal absolu, dans le « débat » politique reflète une regrettable moralisation à outrance du combat politique, ni sur le fait que tromperie et calomnie ont toujours fait, hélas, partie de la vie humaine, sans que le mot « diable » ait été mis nécessairement à l’honneur.
Concentrons-nous plutôt sur la division! En effet, nos sociétés actuelles, au niveau national, au niveau européen et au niveau mondial, sont de plus en plus divisées. Or, qui est responsable de ce phénomène de division ? Où est la source de cette division, où se cache le « diable » ? Historiens, sociologues, politologues et philosophes se cassent la tête depuis des décennies pour comprendre, et présentent plusieurs facteurs et théories de causalités. Ils montrent à leur manière savante ce que le peuple connaît bien par le dicton : « le diable se cache dans les détails ».
Au lieu d’avoir la prétention de vous présenter ici LA cause principale des divisions actuelles, il paraît plus utile de réfléchir si pour l’avenir de notre démocratie il vaudrait mieux attiser les divisions, donc jouer au diable, ou essayer de ne pas les creuser. La première approche, attiser la division, c’est par exemple le choix qui a été fait explicitement par Jean-Luc Mélenchon à travers sa stratégie de « conflictualisation ». Pas étonnant et logique que ses adversaires commencent à le « diaboliser ». Et la partie extrême de l’autre côté, le Rassemblement National, quelle est son attitude face aux divisions ? Il ne les attise pas nécessairement, mais elle surfe habilement sur les vagues des divisions, qui existent régulièrement entre l’élite (politique, économique et médiatique) et les citoyens, entre souverainistes et pro-européens, entre français et étrangers, entre riches et pauvres, etc. La tentation diabolique est donc présente aussi de ce côté.
Nous voyons, les divisions restent un fonds de commerce politique pour les deux extrêmes. Pour les partis politiques qui ne s’inscrivent pas dans une approche extrême, reste maintenant la question, comment faire face aux divisions. L’approche de ne pas admettre les divisions, de les minimiser ou de les occulter pour ne pas les voir, une approche « anti-diabolique », appelée parfois l’approche « angélique », s’est révélée néfaste et catalyseur des extrêmes. Même si cette approche est basée sur de bonnes intentions, cela ne change rien au fait que le lieu de vie du diable, l’enfer, est, comme le dicton populaire le dit « pavé de bonnes intentions ».
Il faut donc voir et admettre les divisions multiples dans notre société, et commencer à sonder auprès des citoyens de quelle manière la diversité des intérêts, de culture et des situations sociales, peut être orientée vers un affaiblissement des divisions. Il est sûr – Alexis de Toqueville l’a bien souligné – que la procédure d’un vote à la majorité ne suffirait pas pour réduire efficacement les divisions actuelles.

