LES DEMOCRATIES EN PERIL

Publié le 3 mai 2026

Les Démocraties ont-elles encore un avenir?

 

Cette question se pose dans un contexte international en plein bouleversement avec une montée des populismes en Europe, Amérique du Sud mais aussi plus récemment aux USA avec l’élection de Trump.

Démocratie vient du grec : démos = peuple et Kratos : pouvoir

La démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple selon la formule d’Abraham Lincoln. Les démocraties modernes sont nées des révolutions Américaines et Françaises et formulées à travers la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; elles garantissent : L’égalité devant la loi ( et non l’égalitarisme) la liberté d’expression, de réunion, de la presse, le pluralisme politique, la séparation des pouvoirs .

La souveraineté du peuple s’exerce par des élections libres, des référendums ou consultations populaires.il s’agit d’une démocratie représentative et non directe.

Il existe des organes de contrôle de l’exécutif : Le parlement, le conseil constitutionnel, le conseil d’état      ( juge administratif), la cour des comptes, la cour de justice de la République ,le défenseur des droits, les autorités administratives indépendantes :Cnil, haute autorité pour la transparence de la vie publique etc. ;

Pour Marcel Gauchet les démocraties portent en elles mêmes les causes de leur affaiblissement ; la disparition ou l’affaiblissement des éléments structurants des sociétés : idéologie, religion, partis politiques, la mondialisation ont eu pour conséquence de dynamiter le commun avec comme corollaire une émancipation des intérêts individuels par rapport au cadre collectif : il ne reste que des individus définis par leurs droits ( l’homisme) et leurs intérêts ; il n’y a plus de gouvernants ou partis pour porter notre histoire nationale. La construction Européenne, bête noire des populistes apparait pour un certain nombre de nos compatriotes comme un des éléments de notre perte d’identité et il est vrai que le traité de Lisbonne adopté en 2007 est apparu pour certains comme un contournement du non au référendum sur le traité instituant une constitution européenne de mai 2005. De même l’absence d’une politique clairement définie vis-à-vis de l’immigration crée un malaise quant à la capacité ou la volonté des gouvernants de clarifier la situation. Les retransmissions des débats de l’assemblée nationale ne sont pas faites pour rassurer les citoyens sur leur avenir et le bien fondé d’une démocratie.

Ce malaise démocratique est bien réel : la dernière enquête de l’institut Ipsos d’octobre 2025 montre une fatigue politique qui se traduit par dégout 51%, colère 46%, inquiétude 43%.

Selon le rapport V Democrat 2025 d’un institut Danois, s’appuyant sur 4200 experts à travers le monde, il y aurait 84 pays démocratiques dans le monde et 91 autocraties, mais en fait seulement 25 pleines démocraties qui représentent 6,6% de la population mondiale concentrées en Europe, Canada, Nouvelle Zélande, Australie et certains pays d’Amérique latine. Trois quart des pays vivent sous des régimes autocratiques démantelant progressivement les contre-pouvoirs ; en France, la montée des abstentionnistes montre bien ce désenchantement.

Parmi les causes pouvant expliquer ce rejet de notre mode de gouvernance, un sentiment d’impuissance de nos gouvernants, l’absence de prise en compte des inquiétudes et des préoccupations des citoyens, la sensation que le pouvoir se déplace vers des élites technocratiques et économiques (Bruxelles). Pour certains nous serions entrés en post-démocratie, une démocratie fatiguée : le peuple garde le droit de parler mais n’est plus vraiment entendu.

Dans un fonctionnement classique des démocraties les informations viennent de la périphérie, passent par les corps intermédiaires : syndicats, associations, partis politiques qui jouent un rôle de médiation entre les informations et les décisions ; cette fonction de médiation s’est considérablement amenuisée: le smartphone et les réseaux sociaux ont conduit à une désintermédiation avec une participation populaire sans filtre donnant naissance au populisme.

Le populisme c’est l’appel au peuple contre les élites, la mobilisation de la société d’en bas contre la société du haut ; tous les conflits qui traversent la société s’ordonnant selon le seul axe d’opposition entre les détenteurs du pouvoir politique, économique, social ou culturel qui feraient bloc : les dominants et le reste de la société les dominés (le peuple), ou sous une autre forme les inside et les outside.

Le populisme c’est la radicalisation de la politique, l’anti pluralisme, l’exclusion d’une partie de la population diabolisée : l’establishment, les castes, le rejet des partis, le culte de la démocratie directe : les corps intermédiaires devenant des structures illégitimes, c’est la mise en en exergue de la spontanéité populaire et du bon sens des masses. Rousseau dans le contrat social écrivait : la volonté générale ne peut pas errer. C’est l’appel au peuple avec mise à l’écart des élites corrompues, la remise en cause de la liberté de la presse (haine des médias en tant que contre-pouvoir), des cours constitutionnelles ( Hongrie, Bolivie, Venezuela, Turquie, Russie), de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du pouvoir judiciaire ; c’est aussi le développement de la thématique de l’homme peuple. Chavez en meeting :quand vous me voyez, quand je vous vois, je suis quelque chose qui me dit : « Chavez tu n’es plus Chavez, tu es un peuple » et plus près de nous, Jean Luc Mélanchon : « je suis 7 millions de personnes » . Trump, Orban , Salvini , Milei, Bolsonaro prétendent représenter le peuple sans médiation; Le Pen, lors de la campagne présidentielle de 2009 : »Le Pen, le peuple » ; souverainisme interne contre souverainisme externe, pas de place pour les intermédiaires : un seul jugement le like qui montre une liberté d’esprit.

L’utilisation des réseaux sociaux a des fins électorales a fait sa preuve d’efficacité que ce soit en Italie, en Hongrie ou aux Usa pour ne citer que les exemples les plus récents et s’appuie sur des constats que les ingénieurs du chaos, pour reprendre le titre du livre de Guiliano de Empoli, ont su parfaitement exploiter, Steve Banon aux Usa, Casaligio en Italie, Finkeinsten en Hongrie , Waldo en Angleterre.

Les réseaux sociaux n’ont pas été conçus pour nous apaiser mais pour nous maintenir dans un état d’incertitude permanent (chaque like est un peu de dopamine) et en moyenne nous exerçons 2617 pressions par jour sur nos smart phones. Une fausse information a en moyenne 70% de probabilité d’être partagée sur internet ; les théories du complot fleurissent et échappent à toute rationalité .

Nous sommes entés dans l’aire de la post-vérité: la terre n’est pas ronde, la conquête de la lune n’a jamais été faite, les trainées laissées par les avions sont dues à des produits toxiques qu’on nous envoie, les vaccins sont dangereux etc.

Pour les ingénieurs du chaos les vérités alternatives sont facteur de cohésion, la véracité des faits ne compte pas, la rage est une source d’énergie à exploiter, les règles de bienséance sont pour les perdants qui n’ont pas le courage d’être eux-mêmes, et en campagne il s’agit de regrouper tous les mécontents.

Le dépassement de la démocratie représentative est dans l’offre de participation que les mouvements populistes proposent à leurs adhérents.

Les techniques utilisées par les experts du marketing digital pour gagner des élections ont été parfaitement mises en évidence ; les algorithmes sont utilisés pour soutenir n’importe quelle position raisonnable ou absurde à condition qu’elle anticipe les aspirations ou les peurs des électeurs.

Les différentes campagnes électorales en Italie, en Inde, aux Usa, en Allemagne ont monté le rôle joué par les manipulateurs d’internet et nous interroge sur le devenir de la démocratie et de nos libertés.

Je ne développerai pas la guerre informationnelle menée par des puissances étrangères s’ingérant directement dans les processus électoraux comme récemment en Roumanie ou un parfait inconnu, le candidat de Tik Tok est arrivé en tête des élections présidentielles

Ce constat peut paraitre bien sombre mais montre le pouvoir pris par des idéologues se servant de la puissance des réseaux de communication pour imposer leur idéologie et mettre bas nos sociétés démocratiques ; n’oublions pas l’assaut du capitole dans un pays aux origines de nos démocraties modernes.

 

 

 

 

 

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