DIACHRONIE DE L’EDUCATION AU TRAVERS DES GENERATIONS
Publié le 5 novembre 2026

« DIACHRONIE DE L’EDUCATION AU TRAVERS DES GENERATIONS »
Au préalable, il convient de 1) préciser ce qui est compris dans cet article par le terme « éducation » et 2) de reprendre les grandes tendances ou modifications de la société depuis 1950 à nos jours avant de comprendre l’évolution, même si chaque famille est différente, de la relation parents/adultes avec les enfants voire les adolescents.
Ad 1) Par « éducation » nous comprenons des actions visant des êtres humains par lesquelles divers acteurs essaient d’empêcher des dispositions psychiques, considérées comme « mauvaises », et de maintenir et développer celles considérées comme « bonnes ». Ce qui caractérise l’éducation c’est sa nature « d’essai », sans garantie de résultat. Elle vise le développement du « savoir-faire » et du « savoir-être », et non pas le « faire » ou « être » ce qui la distingue des actions de manipulation, de dressage ou de coercition. L’éducation peut viser des publics divers, impliquer des contenus et des valeurs morales différentes, et prendre des formes variées. Tout ceci explique l’apparition d’autres termes comme « instruction », « formation », « apprentissage », « coéducation », qu’on peut retrouver dans ce contexte.
Ad 2) L’évolution de l’éducation en France depuis la 2ième Guerre Mondiale
Années 1950 – Après-guerre, modèle familial traditionnel avec une autorité forte du père (la notion de puissance paternelle existe dans le Code Civil et ce jusqu’en 1970), peu contestée sachant que les châtiments corporels sont encore largement admis.
Des Écoles des parents et éducateurs, regroupées en fédération, bourgeonnent en France et sont reconnues d’utilité publique au milieu des années 1950 avant de recevoir peu à peu le soutien et le patronage de l’Education Nationale et des Caisses d’allocations familiales. Un véritable marché des conseils adressés aux parents se développe à cette période, lequel se traduit par le développement d’une abondante littérature (ex : Comment soigner et éduquer son enfant, Benjamin Spock) et presse spécialisée, d’émissions de radio et de télévision. (cf Regard rétrospectif sur l’éducation parentale, Claude Martin*)
Année 1960 – Développement de la société de consommation, télévision dans les foyers, allongement de la scolarité. Les adolescents acquièrent une culture propre. Apparition d’un écart culturel entre générations.
13 juillet 1965 – Réforme des régimes matrimoniaux rendant effective la capacité juridique de la femme mariée. Le mari ne peut plus s’opposer à l’exercice par son épouse d’une profession séparée.
La loi établit l’égalité des époux dans la gestion des biens et introduit la communauté réduite aux acquêts, qui devient le régime légal en l’absence d’un contrat de mariage. Chaque époux peut, en outre, ouvrir un compte bancaire en son nom propre.
Année 1968 – Mouvements de Mai 68. Contestation de l’autorité politique, scolaire et familiale.
La révolution culturelle de Mai 68 fut une charnière entre « l’ancien monde » et la « modernité ». Ce mouvement social a façonné la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Il a apporté de nombreux changements sociétaux et les protagonistes de cette époque ont dominé la politique, les médias et le monde des affaires pendant plusieurs décennies.
Cependant, les « soixante-huitards » ont désormais soixante-dix-huit ans ou plus ! La génération du baby-boom est devenue la génération du papy-boom. Leurs enfants (la génération X) et leurs petits-enfants (les milléniaux ou la génération Y) prennent désormais les rênes du pouvoir.
Les changements politiques, sociétaux et culturels apportés par ces révoltes étudiantes présentent un effet secondaire commun : l’affaissement d’un modèle millénaire de cellule familiale. Mais s’agit-il réellement d’un effet secondaire, ou s’agit-il au contraire du point central de cette révolution culturelle ?
Le « Mai 68 » français ne fut pas un mouvement isolé. Cette révolte de la jeunesse française s’inscrivait dans un contexte insurrectionnel au sein du monde occidental. Cette même année, il y eut le « Printemps de Prague » en Tchécoslovaquie, les grandes émeutes américaines suite à l’assassinat de Martin Luther King, le « Lundi de la matraque » pendant lequel 290 manifestants furent arrêtés à Montréal, ainsi que de nombreux autres mouvement sociaux – dont le plus sanglant fut le « massacre de Tlatelolco », au Mexique, où plusieurs centaines de jeunes manifestants (au moins 300 selon les estimations) furent abattus par les forces de l’ordre.
Les principales « avancées » de cette vague de révolte au cours de l’année 1968, citons la prise du pouvoir intellectuel par une nouvelle génération, la défiance à l’égard du monde politique, la libération sexuelle, l’égalité entre les sexes, le déclin de la religion judéo-chrétienne, l’essor de la société de consommation, le rejet de l’autorité en général, ainsi qu’une mise en cause de la culture et des racines de la nation.
Dans le même temps, ce mouvement marqua aussi le début d’un totalitarisme idéologique et les prémices du politiquement correct comme le décrit Charlotte et Patrick ROTMAN dans leur livre « les années 68 » paru aux Éditions du Seuil.
Ce « politiquement correct » reflétait bien l’installation progressive dans le monde de la politique et des médias, dans les sphères intellectuelles et culturelles avec leurs idées et leurs valeurs, mais aussi dans la manière de pensée de la population en général, d’une idéologie qui se présente comme la seule façon objective de voir le monde. L’emprise de cette idéologie, caractérisée par le culte de l’individu, a finalement pris une autre dimension.
1968 a pour conséquence un changement profond de fond dans la relation adultes/enfants :
- Plus d’individualisme
- Plus de liberté individuelle
- Refus de l’autorité et de ses représentants qui doivent se « surpasser » pour être reconnus en tant que tel
Dominique Schnapper sociologue, fille de Raymond ARON, dans son ouvrage : « l’esprit démocratique des lois » écrit : Il y a un malaise dans la démocratie. Jamais cependant les sociétés n’ont été aussi libres, aussi tolérantes et aussi riches, n’ont assuré plus de libertés, plus de bien-être matériel à leurs membres et n’ont été moins inégalitaires. Ce malaise, elle l’attribue à la montée d’un individualisme excessif, qui mets en question d’une façon permanente toutes expressions et manifestations du collectif et du bien commun : le plus petit collectif, la famille, les fonctions représentant le bien commun, comme les maires, les policiers, les pompiers, les enseignants, le personnel de santé, les « institutions » : religieuses, syndicales et associatives jusqu’aux institutions de l’état et ses règles mêmes.
Année 1970 : Par la loi du 04 Juin 1970, la puissance paternelle est remplacée par l’autorité parentale conjointe. Pour l’enfant légitime, « l’autorité appartient aux père et mère pour protéger l’enfant dans sa santé, sa sécurité et sa moralité. Ils ont à son égard droit et devoir de garde, de surveillance et d’éducation ».
Dans les 1970-1980 émerge un nouveau domaine nommé « l’éducation familiale », au sein des sciences de l’éducation, articulant l’éducation des parents avec celle de l’institution scolaire et du travail social (Claude MARTIN).
Année 1975 : Par la loi du 11 juillet 1975, refonte totale de la législation sur le divorce : elle modifie les conditions du divorce en substituant à un divorce fondé uniquement sur la faute une pluralité de cas de divorce (divorce par consentement mutuel, divorce sur demande acceptée, divorce pour faute et divorce pour rupture de la vie commune). Elle poursuit ainsi l’évolution vers la liberté de divorcer.
Conséquence immédiate : les séparations deviennent de plus en plus fréquentes et la coparentalité progresse assez rapidement.
Année 1980 : La famille devient plus démocratique, avec des dialogues entre parents et enfants/ados et les violences éducatives commencent à être remise en cause avec de fortes influences de divers psychologues dont Françoise DOLTO.
Année 1982 : Au 1er février 1982, le gouvernement de Pierre MAUROY abaisse la durée du travail de 45 à 39 h et octroie une 5ème semaine de congés payés.
Année 1987 : La loi » Malhuret » du 27 Juillet 1987 étend l’exercice de l’autorité parentale par les deux parents aux couples non mariés et aux couples divorcés. L’intervention du juge est cependant nécessaire.
Année 1990 : ratification de la Convention Internationale des droits de l’enfance incluant le droit à la protection, le droit à l’éducation et surtout le droit d’être entendu.
Au cours des années 1990, le terme de parentalité s’impose pour regrouper les actons en direction des parents. Si certaines de ces mesures explorent de nouvelles pistes, beaucoup s’apparentent à des actions déjà expérimentés (éduquer, encadrer, épauler les parents, pouvoir exprimer leurs difficultés dans des groupes de paroles…). Cependant, nous dit Claude Martin, si nombre de ces initiatives sont portées par des associations et bénévoles, les pouvoirs publics de nombreux pays les soutiennent officiellement et financièrement en les reconnaissant institutionnellement sous l’appellation de dispositifs de « soutien à la parentalité ». Des programmes se développent avec pour objectif de doter les parents de « compétences parentales ».
Année 1993 : La loi du 8 janvier 1993 consacre le principe général de la coparentalité : les parents, qu’ils soient mariés ou non, s’ils ont reconnu l’enfant dans la première année de sa vie alors qu’ils vivaient ensemble, exercent tous deux l’autorité parentale de plein droit. L’autorité parentale découle directement du lien de filiation : un parent ne peut être dépossédé de l’exercice de l’autorité parentale que par la décision d’un juge et pour des motifs sérieux tenant à l’intérêt de l’enfant.
Année 2000 : Sous le gouvernement Jospin, le 19 Juin 2000, la loi Aubry II fixe la durée légale du travail à 35 Heures soi-disant pour partager le travail et faire baisser le chômage (applicable pour les entreprises de 20 salariés ou plus seulement au 1er janvier 2002).
Année 2000 : Explosion d’internet, du téléphone portable et des réseaux sociaux faisant perdre progressivement aux parents et aux éducateurs au sens large du terme le monopole de la transmission des connaissances.
Les conflits se déplacent avec les temps d’écran, les jeux vidéo, les réseaux sociaux et sur le contrôle numérique.
Année 2002 : le 4 mars 2002, Promulgation de la loi relative à l’autorité parentale, qui établit des droits et des devoirs égaux entre pères et mères, développe la résidence alternée pour les enfants de parents divorcés et crée un médiateur familial.
Le même jour, promulgation de la loi relative au nom de famille. Tout enfant doit pouvoir recevoir soit le nom de sa mère, soit le nom de son père, soit les deux noms accolés dans l’ordre choisi par les parents. En l’absence de déclaration conjointe ou en cas de désaccord entre les deux parents, l’enfant prendra le nom du père. Le nom de famille du premier enfant vaut pour les enfants à venir. La même règle s’applique aux enfants légitimés ou adoptés.
Année 2013 : la diversification des modèles familiaux est reconnue avec l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ce qui modifie également les représentations de la parentalité.
Année 2019 : la loi interdit les violences éducatives ordinaires (gifles, fessées, humiliations comme méthode éducative…). Le principe est celui d’une éducation sans violence.
Année 2020 – 2022 : la pandémie COVID-19 transforme fortement les relations familiales puisqu’ils deviennent simultanément « éducateurs » « enseignants à domicile » et « salariés en télétravail). La santé mentale des adolescents devient une préoccupation majeure.
Année 2023 – 2026 : De nouveaux défis comme l’addiction aux écrans, l’intelligence artificielle, le cyberharcèlement, la santé mentale, les difficultés d’autorité, l’individualisme, le manque de repaire et de reconnaissance, le manque d’éducation parentale voire un appauvrissement de l’enseignement.
Selon les sources Insee : En 2020, 8,0 millions de familles hébergent au moins un enfant mineur. 66 % des familles sont « traditionnelles » (soit 5,3 millions de familles où tous les enfants résidant dans le logement sont ceux du couple), 25 % sont monoparentales (soit 2,0 millions de familles où les enfants résident avec un seul parent, sans conjoint cohabitant) et 9 % sont recomposées (soit 717 000 familles où il y a dans le logement un couple et au moins un enfant né avant l’union). Entre 2011 et 2020, la part des familles « traditionnelles » diminue (– 3 points), alors que celle des familles monoparentales croît (+ 3 points) La part des familles recomposées reste stable.
La famille « traditionnelle » (couple avec ses enfants uniquement) ressort à 66.3 %
La famille monoparentale (parent vivant seul avec ses enfant) ressort à 24.7 %
La famille recomposée (couple avec au moins un enfant né d’une union précédente) ressort est 9 %.
La part de familles monoparentales est passée de 9,4 à 25,9 % de l’ensemble des familles entre 1975 et 2021. Au total, on compte plus de 2,4 millions de familles de ce type.
Elles rassemblent environ 6,2 millions de personnes, parents et enfants compris. Dans 81 % des cas elles sont formées d’une mère et ses enfants. Si on ne considère que les enfants mineurs, un cinquième d’entre eux vit dans une famille monoparentale.
La progression de la monoparentalité est principalement la conséquence de l’augmentation des ruptures. La facilité accrue des séparations constitue d’une part un grand progrès, en particulier pour les femmes, car elles traduisent la possibilité de mettre fin librement à un couple qui va mal. Les évolutions du droit de la famille – notamment l’instauration en 1975 du divorce par consentement mutuel – et l’élévation du taux d’activité féminin sont à la base de cette avancée. Cette « avancée sociale voire familiale » est source de nouvelles difficultés, aggravées encore par un manque d’échanges, de discussion, de cadre, de règles…qui renforce ipso facto, le manque de repères collectifs, une perte de sens, un manque de confiance en soi, face à une société, affaiblie par l’individualisme excessif, où l’individu se trouve de plus en plus seul et sans repères partagés.
Cette évolution montre que les relations parents adolescents sont devenues plus ouvertes et plus dialoguées, mais aussi plus complexes, en raison des transformations sociales, sociétales, technologiques et culturelles
Entre 1950 et 2026, la relation parents enfants a connu une transformation profonde. Le modèle d’une autorité verticale, centrée sur le père et l’obéissance, a progressivement laissé place à une relation davantage fondée sur le dialogue, la coresponsabilité parentale et la prise en compte des droits de l’enfant.
Cette évolution a été portée à la fois par les réformes juridiques, les progrès des sciences humaines, les mutations sociétales et les transformations technologiques.
Le défi contemporain n’est plus seulement de protéger ou d’émanciper l’enfant, mais de trouver un équilibre entre bienveillance, autorité éducative et accompagnement dans un environnement numérique et social en constant évolution.Haut du formulaire
LE MANQUE d’EDUCATION ou NOUVELLE FORME d’éducation parentale
L’éducation parentale constitue l’un des fondements essentiels du développement de l’enfant. Dès les premières années de la vie, les parents transmettent des valeurs, des règles de conduite, des repères sociaux et affectifs indispensables à la construction de la personnalité. Cependant, dans certaines familles, cette éducation peut être absente ou insuffisante pour diverses raisons : difficultés économiques, manque de disponibilité, conflits familiaux, parents séparés, négligence ou encore absence de repères éducatifs. Cette situation soulève alors une question importante : quelles sont les causes et les conséquences du manque d’éducation parentale sur l’enfant et la société ?
Pour répondre à cette problématique, nous analyserons d’abord les causes des manques d’éducation parentale, puis ses conséquences sur l’enfant avant d’envisager les solutions possibles.
1 – Les causes de d’un manque d’éducation parentale
Le manque d’éducation parentale peut avoir plusieurs origines. Tout d’abord, certaines familles vivent dans des conditions économiques difficiles. Les parents, occupés à subvenir aux besoins matériels du foyer, disposent de peu de temps pour suivre leurs enfants ou s’intéresser à ce qu’ils apprennent en dehors du cercle familial (amis, école, centre social…). Le chômage, la pauvreté ou les horaires de travail épuisants réduisent souvent la présence éducative au sein de la famille.
Ensuite, les problèmes personnels des parents peuvent également expliquer ce manquement. Les addictions, la dépression, les troubles psychiques ou les conflits conjugaux perturbent la stabilité familiale et empêchent parfois les parents d’assumer pleinement leur rôle. Poser un cadre, des règles à ses enfants peut engendrer de l’opposition, des cris, des heurts, et certains parents n’ont plus l’envie ou la force de faire face à ces moments de tensions pourtant constructifs pour le devenir de l’enfant. De plus, certains adultes reproduisent le modèle éducatif qu’ils ont eux-mêmes connu : ayant grandi sans encadrement ou dans la négligence, ils peinent à transmettre des repères solides à leurs enfants.
Enfin, l’évolution de la société joue un rôle important. L’influence excessive des écrans, l’individualisme excessif ou encore la diminution du dialogue familial contribuent parfois à un éloignement entre parents et enfants. Dans certains cas, les parents délèguent l’éducation à l’école ou à internet, oubliant que leur présence reste essentielle.
2 – Les conséquences sur l’enfant et la société
Le manque d’éducation parentale peut avoir de lourdes conséquences sur le développement de l’enfant. Sur le plan affectif, l’enfant peut ressentir un manque d’attention, d’amour ou de sécurité. Cela peut entraîner une faible estime de soi, de l’anxiété ou des difficultés relationnelles.
Sur le plan scolaire et social, le manque d’encadrement peut favoriser l’échec scolaire, l’indiscipline ou la difficulté à respecter les règles de la vie en société. L’enfant, privé de repères clairs, peut être influencé négativement par son entourage ou chercher des modèles ailleurs, parfois dans la délinquance ou les mauvaises fréquentations.
À plus grande échelle, une société où de nombreux enfants manquent d’éducation parentale risque de connaître davantage de violence, d’incivilités et de difficultés d’intégration sociale. L’éducation familiale joue donc un rôle essentiel dans la stabilité et l’équilibre social.
3 – Les solutions envisageables
Face à ce problème, plusieurs solutions peuvent être envisagées.
Tout d’abord, il est nécessaire de soutenir les familles en difficulté grâce à des politiques sociales adaptées : aide financière ou en nature, accompagnement psychologique et structures d’écoute parentale.
Ensuite, l’école peut jouer un rôle complémentaire important. Les enseignants et les éducateurs peuvent transmettre certaines valeurs essentielles telles que le respect, la responsabilité et la solidarité. Cependant, l’école ne peut pas porter seule la responsabilité éducative. Comme le disent Levesque et Delattre, elle repose sur la co-éducation. « Familles, communautés, partenaires culturels et économiques participent à la formation des jeunes. L’apprentissage se déploie dans la classe, mais aussi dans la vie quotidienne, dans la nature, dans la communauté ». Malheureusement, la relation école famille est souvent marquée par de la distance, voire de la défiance. « Trop souvent la co-éducation reste un slogan faute d’espaces concrets pour la vivre ».
L’absence d’éducation parentale peut-elle être prise en charge par les associations ?
Pourtant, certaines familles rencontrent des difficultés : absence d’un parent, précarité, conflits familiaux ou manque de repères éducatifs. Dans ce contexte, les associations de soutien à la parentalité occupent une place importante. Elles accompagnent les familles, proposent une aide éducative et favorisent l’intégration sociale des enfants. Cependant, peut-on réellement considérer qu’elles peuvent remplacer l’éducation parentale ?
1 – Les associations peuvent soutenir et compléter l’éducation parentale
Les associations jouent un rôle important dans l’accompagnement des familles. Elles proposent souvent du soutien scolaire, des activités culturelles et sportives ou encore des espaces d’écoute pour les parents et les enfants. Grâce à ces actions, elles permettent aux jeunes de bénéficier d’un cadre éducatif stable et de développer des repères sociaux.
Par ailleurs, certaines associations aident directement les parents à mieux exercer leur rôle éducatif. Des psychologues, éducateurs spécialisés ou médiateurs familiaux peuvent conseiller les familles confrontées à des difficultés relationnelles ou économiques. Ainsi, les associations contribuent à prévenir l’exclusion sociale et les situations de maltraitance ou de négligence.
De plus, ces structures favorisent la solidarité et l’entraide. Les enfants qui manquent d’encadrement familial peuvent y trouver une écoute, des activités enrichissantes et parfois des modèles adultes positifs. Dans certains cas, elles jouent même un rôle essentiel dans la protection de l’enfance.
2 – Cependant, les associations ne peuvent pas remplacer totalement les parents
Malgré leur importance, les associations ne peuvent pas se substituer entièrement aux parents. En effet, l’éducation familiale ne se limite pas à un accompagnement matériel ou scolaire. Les parents assurent également une présence affective, une transmission des valeurs et une relation unique fondée sur l’attachement et la confiance.
De plus, les associations interviennent généralement de manière ponctuelle et limitée. Elles manquent parfois de moyens financiers ou humains pour suivre durablement chaque enfant. Leur rôle est donc davantage d’une urgence d’un complémentaire éducatif plutôt que substitutif.
Néanmoins, l’éducation parentale joue un rôle essentiel dans le développement de l’enfant. Les parents transmettent des valeurs, des règles de vie et assurent la protection affective et matérielle de leurs enfants.
Il est donc essentiel de sensibiliser les parents à l’importance de leur rôle éducatif. Le dialogue familial, la présence affective et l’encadrement des enfants doivent être encouragés dès le plus jeune âge. Une bonne éducation parentale repose avant tout sur l’attention, l’exemple et la communication.
Conclusion
En somme, le manque d’éducation parentale résulte de multiples facteurs économiques, sociaux, sociétaux et psychologiques, qui trouvent tous leur origine dans la primauté donnée depuis des décennies dans nos sociétés occidentales à l’individu et à sa liberté au détriment du collectif, c.à.d., au détriment de la fraternité et de la liberté collective. Ce basculement du mix de valeurs morales vers le primat de l’individu a permis le développement d’un individualisme excessif, qui laisse les parents sans repères collectifs qui indiqueraient quelles valeurs morales guident finalement l’éducation. Ainsi perturbés les parents doivent affronter eux-mêmes les défis éthiques posées posés par l’essor de l’intelligence artificielle, les conflits armés et informationnels, les dettes publics croissantes, les crises économiques, climatiques et politiques, et tous cela avec une confiance très affaiblie dans des institutions collectives, comme l’état avec son école publique et ses enseignants. Ses conséquences touchent évidemment profondément l’enfant, aussi bien sur le plan affectif que social. Toutefois, cette situation n’est pas sans solution.
Grâce au soutien des familles, à l’action de l’école et à une revalorisation du collectif en général, il est possible de renforcer le rôle éducatif des parents et de favoriser le bon développement des enfants. L’éducation parentale demeure ainsi une responsabilité essentielle pour construire une société équilibrée et harmonieuse. « La responsabilité n’est pas un fardeau : elle est la capacité à répondre, à trouver des solutions, à s’engager pour soi et pour les autres » (**Rino Levesque et Cyril Delattre, Le monde est une école, p.17). Chacun seul de son côté ne peut réussir. Il est important qu’une réelle alliance se développe concrètement entre les familles, l’école et la communauté au sens large incluant l’environnement socio-économique.
*Claude MARTIN, « Regard rétrospectif sur l’éducation parentale », dans Parentalités en mouvement, des pratiques à inventer, sous la direction de Régine Scelles. Edition érès, collection « L’école des parents », 2021, p.17-32
**Rino LEVESQUE, Cyril DELATTRE, « Le monde est une école », Edition L’arroseur de l’ombre.

